[Livre à lire] Peut-on parler d’anglais canadien comme on parle d’anglais américain ?

Il est intéressant de connaître la genèse historique de l’anglais parlé sur le territoire du Canada pour comprendre cette culture canadienne. Je vous partage l’étude de Charles Boberg pour comprendre ce qu’est réellement l’anglais canadien.

Il faut savoir d’abord que ce terme d’anglais canadien a été vigoureusement critiqué par des « puristes « de la langue de Shakespeare : le chef de file était le révérend Geikie, qui critiquait cet « appauvrissement » de la langue selon ses propres termes !

Ce dernier estimait que l’anglais canadien n’était pas vraiment une langue à part entière mais un dialecte corrompu. Il a fallu la fin du XXème siècle pour qu’un universitaire, du nom de Charles Boberg [1], linguiste à l’université de McGill dans les années 1980, nous livre des études poussées pour formaliser rigoureusement cette langue anglaise canadienne.

Ce qui est très intéressant et unique avec Boberg, c’est que c’est l’un des rares chercheurs canadiens à avoir établit le lien entre culture canadienne et langue anglaise propre au Canada.

Charles Boberg décrit 3 faits historiques  qui ont progressivement établit l’identité de l’anglais canadien.

1) La Guerre franco-britannique des 7 ans en 1763

L’histoire particulière de la langue anglaise canadienne commence avec la victoire en 1763 des Britanniques contre les Français. Cette victoire marque le début de la domination de la langue anglaise sur le continent nord-américain.

2) Guerre de l’indépendance américaine en 1783

20 ans plus tard, en 1783, la révolution Américaine (aidée par la France !)  a fini par mettre plus de 40 000 Loyalistes britanniques hors du territoire des Etats-Unis, c’est-à- dire que ces Loyalistes britanniques se retrouvent « jetés » sur l’actuel territoire du Canada.

Cette  migration massive de personnes anglophones au sein d’une zone qui était majoritairement francophone marqua, selon Boberg l’avènement de la langue anglaise sur le territoire canadien. Cela accélère le mouvement d’anglicisation de provinces comme l’Ontario et le Nouveau Brunswick, à dominante francophone à l’origine.

3) La Révolution industrielle au Royaume-Uni.

Le début de la Révolution industrielle (fin 18ème siècle) est une étape cruciale dans l’avènement de l’anglais canadien comme langue avec ses spécificités propres. En effet cette Révolution industrielle marqua l’automatisation de l’agriculture en Grande Bretagne, ce qui amena beaucoup d’agriculteurs britanniques sans emploi à immigrer vers l’ Amérique du Nord.

Tous les « canadianismes », pour reprendre le terme utilisé par Boberg, ont commencé à émerger durant cette période de Révolution Industrielle. Les termes « EH » et « ZED » sont les exemples les plus fréquents et sont devenus les emblèmes typiques de l’identité de la langue anglo-canadienne..

Désormais,  les autres peuples anglophones (en l’occurrence les Britanniques et les Américains) commencent à identifier les particularités de l’anglais au Canada. Par exemple, les Canadiens ont tendance à prononcer le mot « About » comme « A boat ».

L’anglais canadien est homogène.

A la différence des États-Unis, où l’accent  de l’anglais varie  fortement en fonction des régions, l’anglais-canadien tend à être relativement homogène d’Est en l’Ouest du pays. Ainsi, il est remarquable de constater que d’Ottawa à Vancouver la façon de parler anglais reste globalement le même sur le pays.

Si vous écoutez les yeux fermés des personnes de Vancouver ou d’Ottawa, il sera très difficile de distinguer la provenance des personnes en fonction de leur anglais. Boberg insiste sur le fait que l’Anglais Canadien est vraiment un hybride de l’anglais américain et de l’anglais britannique : en gros le Canadien prononce comme un américain mais écrit comme un anglais.

Boberg constate tout de même que l’anglais canadien tend de plus en plus à se rapprocher de l’anglais américain, du fait de la  proximité géographique, des échanges économiques et culturelles très forts entre les 2 pays, et aussi de l’accès à internet qui favorise  une certaine uniformisation de l’anglais. De plus les nouvelles vagues d’immigration, moins britanniques et plus asiatiques ou africaines tendent à faire reculer les racines britanniques de l’anglais.

En conclusion, cette évolution de la langue anglaise au Canada serait une très mauvaise nouvelle pour le Révérend Geikie. S’il était vivant de nos jours, celui-ci serait vraiment en colère par cette « dénaturation » de la langue de Shakespeare.

Le fameux « EH » canadien !

Ce bon Dr Charles Boberg reconnait d’après ses recherches que la plupart des stéréotypes de langage comme le EH sont devenues anachroniques, à l’exception peut-être de personnes âgées vivant en Ontario.

Les nouvelles générations de Canadiens finissent souvent les phrases par « right » en lieu et place de ce « eh » contrairement au cliché véhiculé par les voisins Américains.

Exemples de termes utilisés uniquement au Canada anglophone :

Washroom : au Royaume Uni on dirait « Toilet », aux USA on dirait plutôt « Restroom »

Chesterfield : terme utilisé au Canada pour canapé (« Couch » aux USA)

Pencil crayon : partout ailleurs on utiliserait les termes « coloured pencils »

=> Toque : grand chapeau sombre , mot venant du français utilisé par les Canadiens anglophones

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  1. Très intéressant ton article ! Je finis moi meme certaines phrases par eh! et on l’entend quelques fois mais bon, pour différencier un Canadien d’un Américain c’est pas fastoche… Moi je suis incapable de voir une différence d’accent d’est ou ouest mais ma collègue calgarienne me dit que c’est « super obvious ». Donc faut croire qu’on a juste pas l’oreille 😉

    • Merci Lisa !
      Je commence à percevoir quelques différences d’intonation entre Américain et Canadien : rythme légèrement plus rapide chez les Américains, un peu plus nasillard.

      Je ne l’ai pas écrit dans l’article, au Canada comme ailleurs, les différences de language se font entre ruraux et urbains, je n’ai pas encore l’oreille pour le différencier.